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Voici la suite et la fin de l’article sur le Taoïsme et son histoire (lien vers le début, et la partie 2) d’Anna Seidel, sinologue allemande du 20 ème siècle. Le texte, traduit par Baldrian Hussein Farzeen est issu de “Taoïsme : Religion non-officielle de la Chine”. In: Cahiers d’Extrême-Asie, Vol.8, 1995. pp. 1-39. Nous le publions sans arrière pensée tel que l’avertissement en bas de page semblent à l’évidence nous le permettre. Les illustrations sont ajoutées par nous-même.

 

 

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Costume d’un moine taoïste du Temple du Nuage blanc à Pékin,

in ZhOllgguO daojiao (Taoïsme en Chine), 1990



Les dieux, les prêtres et les rites


Ce que le Taoïsme apportait comme nouveauté, c’était la croyance en une autorité divine supérieure aux dieux de la nature immanents et aux ancêtres auxquels on avait coutume d’offrir des sacrifices. Cette autorité suprême était le Tao qui s’était transformé en divinité bénéficiant d’honneurs liturgiques. Néanmoins, les Taoïstes n’ont pas cessé d’insister sur le caractère impersonnel du Tao divin. L’un des premiers textes du Maître céleste condamne les hérétiques pour avoir façonne des statues du Tao. Des représentations picturales (c.-à-d. anthropomorphiques) du Tao étaient interdites. Laozi est un dieu dans la mesure où il fusionne avec le Tao, Le Tao ne se personnifie pas en lui pas plus qu’il n’est lui-même le Tao, mais « le sacré s’est caché en ce qui est sans forme; il agit sans laisser de trace« .


Nourrir son Tao


Le commun des mortels, qui a négligé de nourrir son Tao, se trouvera relégué et soumis à la bureaucratie infernale, au nord froid et obscur de ce monde. De son vivant même, le mortel du commun n’est que cadavre ambulant, un esprit mort (gui.), qui, après son décès, descend aux prisons des enfers. Délivrer de l’enfer les esprits des ancêtres était l’une des préoccupations principales du rituel taoïste.


Comme on l’a déjà relevé (voir articles précédents) ces rituels ne constituaient pas des sacrifices. Ils s’assimilaient plutôt à des audiences avec les divinités Célestes Pures pendant lesquelles le prêtre, ayant entrepris un voyage à la fois extatique et méditatif rappelant l’expérience chamaniste, livre au ciel les pétitions écrites de sa congrégation. Une telle audience se fait précéder par de longs préparatifs et des purifications au cours desquels le prêtre – presque comme s’il tenait véritablement séance – rassemble tous les esprits célestes à sa disposition. Ces « officiers et généraux célestes » ont été « implantés » dans le prêtre lors de son ordination. Ce sont les esprits protecteurs des écritures sacrées et des diagrammes magiques confiés au prêtre au cours de sa formation. Les noms de ces esprits protecteurs sont consignés dans des registres (lu) dont le prêtre ne se sépare jamais. Plus la liste des noms dans le registre s’allonge, plus son rang sacerdotal est élevé et plus efficaces deviennent les rites qu’il célèbre. Simultanément, les règles auxquelles il est soumis dans sa conduite journalière deviennent de plus en plus astreignantes.


Les laïcs, eux aussi, sont munis de registres plus courts portant jusqu’à 150 noms d’esprits/généraux. Les congrégations étaient organisées de manière hiérarchique et elles célébraient ensemble les trois fêtes principales du premier, septième et dixième mois lunaires. A ces occasions, on renouvelait la communication avec les divinités du ciel, de la terre et des enfers. On enregistrait officiellement les nouvelles naissances et les mariages et décès récents afin d’éviter toute discordance entre l’Etat civil céleste et l’Etat civil terrestre. Les bonnes actions et les forfaits étaient portés à la connaissance d’un bureau d’enregistrement céleste. C’était l’assurance que le croyant taoïste, après sa mort, se servant de son registre comme d’un talisman ou d’un laissez-passer, puisse occuper sans heurt le rang qui lui revenait dans la hiérarchie céleste.


diagramme taoisteAu niveau de la vie de la congrégation, la mort inévitable des taoïstes les plus sages et les plus pieux était réinterprétée dans le sens d’une immortalité post mortem. L’homme moyen connaît la « vraie » mort, comme le dit l’un des premiers commentaires sur le Daodejing ; il s’engouffre dans les prisons des enfers et devient une âme (gui) insubstantielle et misérable. Les justes, cependant, entourés de tous les bons esprits du Tao, se retirent du monde pour rentrer dans les profondeurs de la terre, au palais du Grand Yin, qui est une sorte de creuset d’où ils ressortent pour assumer une vie nouvelle. Des textes tardifs décrivent de manière plus explicite encore comment les ossements se remettent ensemble afin de reconstituer le corps qui monte alors dans la hiérarchie du ciel, vêtu de la robe et du couvre-chef d’un fonctionnaire céleste.


La plupart des écritures taoïstes anciennes constituent moins des tracts théologiques que des talismans (image à gauche), des diagrammes, des listes, des registres, des formulaires et des codes de rites permettant l’accès au monde du Tao et la promotion dans la hiérarchie spirituelle ici-bas et dans l’au-delà. Leurs prototypes existaient déjà au ciel avant leur divulgation progressive aux hommes. Le contenu intellectuel de ces écritures importe moins que leur caractère sacral qui permet au détenteur correctement initié du document d’entrer en communication avec les esprits et les divinités. Les écritures servent de légitimation, et leur prototype sont les insignes royaux de l’empereur divin et ceux désignant le rang des mandarins.


L’histoire de l’Eglise taoïste


Qu’advint-il au cours de l’histoire chinoise de cette religion remontant au IIème siècle?


Pendant la période qu’on a l’habitude d’appeler la période de division, c’est-à-dire les quatre siècles du Moyen Age chinois commençant à la fin des Han et allant jusqu’à l’affermissement de la dynastie des Tang (618-907), le nord de la Chine fut gouverné par diverses dynasties de « barbares ». La perte de son centre politico-religieux rendit la Chine réceptive aux nouvelles influences venant de l’Asie centrale et de l’Inde. Le Bouddhisme pénétra en Chine surtout par la Route de la soie. Très vite, il fut assimilé par des esprits à la recherche de nouvelles réponses et de nouvelles orientations. Néanmoins, le Taoïsme continua, dans le chaos social ambiant, à offrir un foyer spirituel, une identité et un soutien non seulement aux masses mais également aux penseurs de l’élite.


Les souverains étrangers qui dominaient la Chine du nord élevèrent le Taoïsme au rang d’Eglise d’Etat afin d’émousser son potentiel révolutionnaire et nationaliste. Il pénétra également les couches supérieures de la Chine du sud où il inspira, au IVè siècle, une espèce de Taoïsme aristocratique (Shangqing, mouvement de la « Pureté suprême ») qui mettait l’accent sur la méditation et sur une pratique rituelle largement intériorisée. Le recueil le plus vaste de révélations divines engendré par ce Taoïsme Shangqing émane du même milieu que celui où la calligraphie, l’art chinois le plus hautement perfectionné, a atteint son apogée avec une perfection littéraire qui n’a pas encore été appréciée à sa juste valeur par les spécialistes des lettres chinoises.


Livre de la grande pureté, le Shangqing jing constitue un ensemble important de textes taoïstes de l’école du Maoshan, qui ont été révélés entre les années 364-370 à Yang Xi (né en 330) et à Xu Mi (303-373). Ils sont, en principe, au nombre de trente-six, mais les catalogues n’en comptent en réalité qu’une trentaine, dont le volume total est impressionnant : cent quatre-vingt-un chapitres. L’ensemble, qui formait jadis toute une section du Canon taoïste, est actuellement dispersé à travers le Canon du Ming (Zhengtong Daozang, 1442).

 

Ces textes n’ont pas encore été collationnés ; mais le plus important, celui qui figure en tête des catalogues, le Shangqing dadong zhenjing (Livre réel du grand arcane de la grande pureté), a été identifié et conservé en entier. Il s’agit d’un manuel de méditation extatique, très détaillé : les divinités du corps, de la Terre et des Cieux sont évoquées mentalement une par une ou par catégories ; elles sont décrites en détail et même illustrées. Pour chaque catégorie (trente-neuf en tout) sont indiqués des invocations distinctes, des talismans, des gestes à accomplir, etc., le tout d’une extrême complexité. Ce manuel illustre d’une façon éclatante les procédés de l’« alchimie intérieure » (neidan), caractéristique essentielle de l’école du Maoshan. Les attitudes mentales y prennent la prépondérance sur les pratiques physiques qui dominent encore chez Ge Hong. L’influence du Shangqing jing fut prédominante dans le taoïsme ésotérique, au moins jusqu’à l’époque des Song. (From K. Schipper)

 

Au Ve siècle, le Taoïsme absorba beaucoup du Bouddhisme qui ne cessait de gagner du terrain. La même époque vit l’ascension du Taoïsme Lingbao avec ses liturgies spectaculaires. Ses activités rituelles semblaient répondre plus efficacement que les cultes d’Etat des dynasties mineures à l’aspiration chinoise à l’unification du cosmos englobant le monde des dieux, des hommes et des esprits. L’affinité que présentent les rites taoïstes avec l’ancien culte d’Etat du Fils du Ciel est évidente, ne serait-ce que du fait que les vêtements liturgiques des prêtres taoïstes (tout comme ceux des divinités taoïstes) ressemblent a la grande tenue impériale. Les contemporains étaient bien conscients de cette similitude comme en témoigne l’accusation d’imposture lèse-majesté lancée par les polémistes bouddhiques de l’époque.


Un des textes les plus importants du taoïsme religieux. Un premier Lingbao jing, Livre du joyau sacré, est mentionné dans le Baopuzi neipian (Traité ésotérique du maître qui embrasse la Simplicité). Il s’agissait là certainement d’un texte talismanique reproduisant les essences cosmiques des cinq éléments dans la configuration qu’ils avaient à l’origine, avant la création de l’univers ; d’une sorte d’écriture primordiale produite par la coagulation spontanée des souffles ou énergies (qi) et que le Dao révèle aux initiés comme gage de salut. Ces écrits talismaniques ont, de tout temps, servi à l’établissement de l’aire sacrée, aux quatre coins et au centre de laquelle ils sont disposés. Le texte qui probablement accompagnait ces talismans est perdu et se trouve remplacé par un Lingbao jing plus récent, dû vraisemblablement à un certain Ge Chaofu (deuxième moitié du IVe siècle), un petit neveu de Ge Hong. Le titre complet de ce dernier ouvrage est Taishang dongxuan lingbao wuliang duren shang pin miaojing (Livre merveilleux et excellent du joyau sacré de l’arcane mystérieux [révélé] par le Très-Haut qui sauve les hommes innombrables), long titre souvent abrégé en Duren jing (Livre du salut des hommes) (From K. Schipper)


C’était une période de souffrance, de misère, de guerres, d’incursions barbares et de fragmentation de l’empire, semblable à la période des grandes invasions en Europe. Cependant, en Occident, l’unité de l’Empire romain avec son empereur de droit divin ne put être restaurée, bien que les rêves messianiques d’un Saint Empire romain aient persisté jusqu’à l’avènement de l’idéologie nazie.


Comment donc les Chinois ont-ils réussi à réunifier l’énorme masse, plus continent que pays, de leur territoire? Et à garder si vivace le désir de l’unité au point que le gouvernement de Pékin prétend souffrir d’insomnie tant que le petit Taiwan ne sera pas réincorporé dans le pays (et vice versa)? Il se peut que la réponse se trouve dans le Taoïsme et dans son idéal messianique du « Royaume de la Grande Paix » (Taiping) qui a su conserver intact, même durant la première moitié du Moyen Age, le rêve d’un cosmos tel qu’il avait été réalisé dans l’empire Han.


L’idée que l’univers est un organisme ou plutôt un corps dont la survie et la santé veulent que même les veines les plus périphériques soient irriguées par la circulation du sang jaillissant du centre (du cœur) s’il doit rester en vie et en bonne santé – est une idée d’origine pan-chinoise, mais plus particulièrement taoïste. Elle s’applique autant au corps cosmico-politique (guoti) qu’au corps humain (shenti). Selon le concept taoïste, le corps est un microcosme qui abrite chacune des divinités du cosmos. La communication sans entrave entre les divinités du corps physique et leurs prototypes macrocosmiques constitue le principe fondamental de toutes les pratiques d’immortalité taoïstes.


La restauration de l’unité de « toute chose sous le ciel » (tianxia, c.-â-d. l’empire) par un nouvel empereur divin était aussi bien l’ambition de tous les petits états pendant la période de division que celle des rebelles dont beaucoup prirent le nom de Li Hong – le nom du souverain messianique prophétisé dans les écritures taoïstes. Le Seigneur suprême Lao enverrait Li Hong pour rétablir l’empire de la Grande Paix.


La misère et la souffrance peuvent être interprétées comme faisant partie de la période d’afflictions précédant l’avènement du messie. Des textes apocalyptiques furent rédigés pour décrire l’irruption de hordes de démons innombrables surgies du monde terrible des morts et leurs actes de dévastation meurtrière. Seuls ceux qui, en tant que membres de congrégations taoïstes, avaient pu nourrir en eux le souffle du Tao, jouissaient d’une chance d’échapper au carnage et de survivre en compagnie du « peuple élu » (zhongmin) jusqu’à l’avènement messianique. Dans l’empire de la Grande Paix, les prêtres taoïstes serviraient dans le gouvernement de l’empereur messianique et le peuple deviendrait immortel.


Le peuple élu


Le « peuple élu » est un concept judéo-chrétien. Pourtant, c’est la traduction littérale du terme chinois zhongmnin. Mais zhong signifie non seulement « élu », mais aussi « semence ». Les taoïstes ou leurs descendants naturels connaîtront le royaume messianique. Cette notion cache le concept taoïste de la famille : le destin d’un homme est déterminé par les bonnes et mauvaises actions de sept générations d’ancêtres (nous avons vu plus haut qu’un ancêtre pécheur peut être cause de maladie), et son propre comportement aura une incidence sur le bien-être de sept générations successives de descendants. Un taoïste croit que même si lui-même n’assiste pas à l’avènement du messie, ses descendants y participeront. Lorsque son heure vient, son existence dans le royaume des morts dépendra de ses descendants puisque ceux-ci, en célébrant les rites qui conviennent, pourront faciliter son ascension â la sphère des bienheureux où la Grande Paix guérira toute chose dans l’univers.


Alors qu’il n’était qu’un chef de l’une des révoltes populaires du début du VIIè siècle, le fondateur du nouvel empire unifié (la dynastie des Tang, 618-907) se proclama l’Empereur de la Grande Paix qu’attendait la nation entière, et réunit ainsi en sa personne tous les espoirs messianiques. Le règne des Tang, étendu sur près de trois siècles, a vu le Taoïsme en plein épanouissement. La dynastie au pouvoir déclara descendre de la divinité Laozi et érigea en son honneur des temples ancestraux impériaux. Bien qu’aucune évolution importante ne marquât cette période, le Taoïsme put se consolider par la construction de temples et d’abbayes aux frais de l’Etat, en contrepartie de quoi, il célébrait les rites pour le bonheur de la dynastie, consacrait les empereurs et procédait à l’ordination de membres de la maison impériale, qui devenaient ainsi prêtres et nonnes taoïstes. D’éminents maîtres taoïstes vivaient à la cour impériale et influençaient fortement la vie intellectuelle de l’époque. On compila des sommes et encyclopédies. L’empereur donna l’ordre de rassembler les écritures en un canon taoïste.


Le taoïsme et le Japon


L’Empereur Xuanzong (713-756) fit ajouter les écritures taoïstes au programme des examens d’Etat et il s’entoura de conseillers taoïstes. Son règne correspond au début de la période Nara (710-784). C’est alors que les Japonais calquèrent leur système politique sur le modèle chinois. En l’an 753, une ambassade japonaise se rendit à la cour de Xuanzong et demanda l’autorisation de ramener au Japon le maître de discipline bouddhique Jianzhen (Jap. Ganjin). Une certaine tension suivit la réaction de l’Empereur suggérant d’emmener plutôt un maître taoïste qu’il tenait en particulièrement haute estime. Les ambassadeurs refusèrent courtoisement, alléguant : « Notre souverain ne goûte guère l’enseignement des taoïstes ».


Il est intéressant de noter que les Japonais, friands par ailleurs de tous les aspects de la culture chinoise qu’ils adoptèrent en bloc, écartèrent résolument le Taoïsme. Pour finir, des éléments taoïstes tirés de la médecine, des pratiques de l’immortalité, des oracles, de la divination, ou encore certaines divinités taoïstes avec leurs cultes s’introduisirent au Japon, mais non pas la religion taoïste elle-même, avec ses hiérarchies de prêtres et ses rites. Il se peut que l’ambassade japonaise ait perçu l’interrelation essentielle entre la religion taoïste et le système politico-impérial de la Chine. Adhérer au Taoïsme d’Etat des Tang revenait à se laisser insérer dans la hiérarchie des dieux locaux chinois. En outre, le Taoïsme rappelait trop à ces messagers le souvenir de la religion populaire propre au Japon qu’ils dédaignaient, car leur désir était de voir s’implanter chez eux le Bouddhisme. Pour affermir le gouvernement de leur pays, leur préférence allait au Bouddhisme, doctrine universelle sans liens particuliers avec un pays ou un système politique quelconque.


Le Taoïsme monastique & alchimique


En plus du régime diététique, des exercices respiratoires, de la gymnastique (allant de la boxe chinoise taiji quan aux arts martiaux et acrobatiques du gongfu), de la méditation et du rituel, l’alchimie médiévale recherchait l’élixir d’immortalité. Le cinabre (= Yang) et le mercure (= Yin) faisaient l’objet d’admiration à cause du rouge de leur couleur et de leur capacité mystérieuse de transformation. Leur absorption coûta la vie à plusieurs empereurs. Le symbolisme compliqué de cette alchimie, son rituel et ses aspects méditatifs peu à peu évincèrent l’alchimie pratique de laboratoire.


Jusqu’au XIè siècle, les substances alchimiques étaient considérées comme étant des courants subtils de force vitale dans le corps. L’école de Quanzhen attribuait une signification à la fois physiologique et spirituelle à l’antique terminologie alchimique. De là il n’y avait qu’un pas à franchir pour que l’opération alchimique devienne désormais une « alchimie intérieure » (neidan), c’est-à-dire la réalisation d’une union hiérogamique, produit de la méditation, entre les éléments Yin et Yang que contient le corps humain, le but final étant l’engendrement de « l’embryon d’immortalité » qui finirait par transformer le corps en le rendant immortel. Les maîtres qui s’adonnaient à ces pratiques menaient une vie retirée dans des monastères ou des ermitages au beau milieu de la nature non encore profanée que constituaient les montagnes sacrées. Lorsque leur réputation était telle qu’elle leur attirait des pèlerins laïcs, ils prêchaient les vertus confucéennes traditionnelles (la piété filiale, la loyauté envers les magistrats et l’empereur), la sagesse alchimique à proprement parler étant réservée à un étroit cercle ésotérique de disciples.


Boyun GuanLa prépondérance des pratiques visant à atteindre à l’immortalité tendrait à suggérer que le célibat monastique et la vie recluse de l’ermite convenaient le mieux à l’idéal de vie taoïste. Or, il n’en était rien.

 

Le « monachisme » Quanzhen, « Réalité Parfaite » (L’école Quanzhen prit son essor dans la Chine du nord, et son sanctuaire le plus célèbre, l’Abbaye des Nuages Blancs (Boyun Guan, photo à gauche) à Pékin, sert encore aujourd’hui de siège au clergé taoïste officiel de la Chine (Zhongguo daojiao xiehui) se développa sous l’influence bouddhique dont il s’imprégna fortement, contredisant ainsi l’égalité fondamentale entre hommes et femmes, si chère au Taoïsme, de même que l’idéal du mariage et de la progéniture nombreuse. L’histoire chinoise démontre que l’influence exercée par des maîtres mariés, insérés dans la vie et transmettant leurs traditions de père en fils, a joué un rôle beaucoup plus important. En effet, ce sont ces traditions familiales qui figurent dans les généalogies chinoises les plus anciennes.


Un Maître Céleste (tianshi) nommé Zhang, qui vit actuellement à Taiwan, serait le 64e descendant de Zhang Daoling. Bien qu’apparaissent plusieurs lacunes dans la filiation entre le IIè et le XIIè siècle, il est incontestable qu’il s’agit bien d’un descendant du 30e Maître Céleste Zhang Jixian qui mena à bien la réforme de la secte sous le règne de l’empereur Song Huizong. Depuis lors, la secte se nomme Zhengyi (« l’Un orthodoxe ») et a son siège sur le Mont du Dragon et du Tigre (Longhu Shan) dans la province de Jiangxi, au sud-est de la Chine. Mais le Maître Céleste n’est nullement un « Pape » taoïste comme l’ont affirmé des sinologues et des missionnaires. C’est un prunus inter pares parmi les prêtres dont il a la charge. Il ne détient aucune autorité doctrinale ou autre, mais a qualité de gardien d’une tradition liturgique, dont seule la connaissance qu’il en aura déterminera son grade en tant que prêtre.


Maitre Céleste et sa famille

 

Il faudrait néanmoins apporter ici quelques précisions sur l’usage du terme chrétien « prêtre ». Le daoshi (dignitaire du Tao) n’est pas le chef d’une congrégation ou le supérieur d’un temple. A la demande d’un cercle de laïcs, dont les deniers ont servi à la construction du temple, qu’ils administrent d’ailleurs en toute indépendance, il se charge, contre paiement, des rites du culte que lui seul est habilité à célébrer.

 

Avant tout donc, le prêtre est un spécialiste du rituel, un expert bénéficiant d’une formation en une liturgie infiniment riche et haute en couleurs, rédigée en chinois classique et transmise au moyen de précieux manuscrits, conservés par les familles de prêtres comme la prunelle de leurs yeux.


Photo de gauche : Maître Céleste et sa famille (début 20è. s.)


De nos jours encore, les dignitaires taoïstes font remonter leur tradition – on peut presque dire en succession apostolique – à la révélation faite par 1a divinité Laozi à Zhang Daoling en 42 après J.-C. Leurs liturgies contiennent aussi l’héritage des écoles de Shangqing (IVe siècle), Lingbao (Ve siècle) et Shenxiao (XIIe siècle) . Encore aujourd’hui aussi les rituels taoïstes (jiao) sont célébrés à Taiwan par chacune des innombrables congrégations qui se regroupent autour d’un temple. Les célébrations peuvent durer entre trois et sept jours et nuits. Ces fêtes, plutôt somptueuses, revêtent une telle importance aux yeux des Chinois que depuis la fin de la soi-disant révolution culturelle, même en Chine continentale, dans la province de Fujian, des temples sont diligemment restaurés, des textes rituels perdus (il s’agit de textes détruits par les Gardes rouges) sont recherchés, empruntés, recopiés afin que les rites taoïstes, interdits pendant de nombreuses années, puissent être célébrés à nouveau au profit et pour la bénédiction de tous, temple et congrégation.




 



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