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Aikido Tai Chi Chuan Bruxelles / article 67

 

 

Elderly man in traditional garb, Fujian, China, 1905

 

 

Nouvel extrait des « Souvenirs d’un collectionneur, LA CHINE INCONNUE », de Maurice JAMETEL (1856-1889), élève diplômé de l’École des Langues Orientales Vivantes, Lauréat de l’Institut de France, Officier d’Académie, rattaché à la rédaction du Courrier de l’Art. Rouam, éditeur, Paris, 1886 (quatrième édition).

 

Pour lire l’autre extrait, veuillez suivre ce lien...Ce texte-ci intervient dans le récit des visites de l’auteur chez des brocanteurs. C’est fort plaisant. On vous le livre.

 

 

Shopping dialogue.

L’art de la classification à la Chine

 

Une fois la collection de porcelaines à caractères tibétains étalée devant moi, il s’agit d’abord de faire mon choix, puis d’entreprendre la laborieuse opération d’en débattre le prix, opération qui vous oblige à dépenser des trésors d’éloquence, à dessécher votre larynx à force de parler, à vous imposer, en un mot, un travail dont le seul souvenir me fait encore frémir. Dès que je commence à choisir, le marchand, de son côté, se met à faire l’éloge de sa marchandise.

 

 — Cette coupe, me dit-il, est un Kang-chi ; elle n’a pas une maladie des poils (c’est-à-dire pas un défaut).

Comme ma physionomie exprime le doute, après un minutieux examen de l’objet, il reprend :

— C’est du vrai ! Si je mentais je serais un singe, je ne serais plus un homme.

Je lui montre de la main une longue fente qui dépare le pied de la coupe. Alors il s’écrie :

— Oh ! mais cela c’est du naturel !

 

C’est là le grand argument des brocanteurs chinois, lorsqu’on découvre à leurs marchandises quelque maladie du poil, — mao-ping ; — ils soutiennent que c’est un défaut naturel, argument dont je n’ai jamais, je l’avoue, apprécié la valeur, sans doute à cause de son caractère par trop chinois. Peu m’importe, en effet, qu’une porcelaine ait un défaut provenant de la fabrication ou d’un de ces accidents qui découvrent, dans son affreuse vérité, la fragilité des choses terrestres ! Pour moi, la seule chose qui m’intéresse, c’est l’existence même de ce défaut, d’où qu’il vienne.

 

Après la coupe, c’est le tour d’une assiette qui est, elle aussi, vantée et garantie authentique à l’aide de nombreuses formules de serments que compte la langue chinoise.

— Si je mens, que les montagnes m’écrasent, et que la terre s’entr’ouvre pour m’engloutir !

s’écrie-t-il à un moment, pour soutenir les prétentions généalogiques d’un bol, qui m’a tout l’air d’un vulgaire roturier né d’hier.

 

Maintenant vient la grande question des prix.

 

— Combien cette assiette ?

LE MARCHAND :

— Quinze piastres.

— C’est cher !

LE MARCHAND :

— Ce n’est pas cher. C’est un objet très bon.

(Les Chinois emploient souvent l’adjectif bon où nous dirions beau.)

— Elle est chère pour une pièce qui a un défaut.

LE MARCHAND :

— Mais ce défaut est naturel. Si elle ne l’avait pas, je ne la vendrais pas pour vingt piastres.

 — Alors je n’en veux pas, c’est trop cher.

LE MARCHAND :

— Combien en donnez-vous ?

 — Deux piastres.

 LE MARCHAND :

— Vous plaisantez !

— Nullement !

LE MARCHAND :

— Vous avez un nez trop élevé pour ne pas savoir que ça vaut ce prix-là !

Les Chinois ont un système de Gall encore rudimentaire. Ils croient que la bosse du jugement se trouve dans la racine du nez, d’où l’expression : avoir un nez élevé pour être un bon juge

 

Après bien des discussions de même genre, le prix de l’assiette reste incertain. Nous recommençons le débat, pour un bol, avec aussi peu de succès. Ce que voyant, le marchand prend l’assiette et le bol marchandés, les place devant moi en disant :

— Combien donnerez-vous, monsieur, des deux ?

 Réunir deux ou plusieurs objets et faire le prix en bloc, à l’aide d’une cote mal taillée, constitue un procédé fort usité par les brocanteurs chinois et même japonais. Les premiers appellent cela faire un tong-tong, — mot à mot ensemble ensemble, — et ils emploient si souvent ce mot que les étrangers qui ne font même que quelques excursions dans le domaine de la brocante ne tardent pas à le connaître, quelque ignorants qu’ils soient de la belle langue de Confucius.

 

Enfin, après une discussion laborieuse, je finis par m’entendre avec le marchand sur le prix d’un tong-tong composé de quatre assiettes, d’un bol et de cinq coupes de porcelaines religieuses.

 

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