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Judith Gautier fut l’une des femmes les plus fascinantes de son époque, ayant reçu en partage le talent littéraire, une beauté inouïe, une excentricité totale et une inépuisable générosité. Avec son profil grec, ses yeux noirs légèrement bridés, sa masse de cheveux surmontant un visage très blanc et des formes sculpturales, elle eut de nombreux admirateurs : « C’est le plus parfait de mes poèmes », disait d’elle son père, le célèbre Théophile Gautier.

 

Fille de l’écrivain et d’Ernesta Grisi (la sœur de la danseuse Carlotta Grisi), elle passa sa petite enfance dans une liberté quasi-absolue et sous la surveillance d’une nourrice à sa dévotion, qui ne lui rendirent que plus pesant son internement au pensionnat Notre-Dame-de-la-Miséricorde.

 

Enfin son père la fit venir auprès de lui et de sa plus jeune sœur, Estelle. C’est là qu’elle fit montre de talents originaux, et qu’elle fit la connaissance de nombreux amis de son père, parmi lesquels Baudelaire ou les frères Goncourt. Elle parle elle-même de son enfance dans Le Collier des jours (1904). La première contribution de Judith Gautier à la littérature fut la publication d’un article sur la traduction française d’Euréka, d’Edgar Poe, par Baudelaire. Ce dernier fut absolument bouleversé par l’article de Judith.

 

Théophile Gautier recueillit un jour un lettré chinois du nom de Ding Dunling, réfugié politique en France, qui apprit à Judith la langue chinoise et l’initia à la civilisation, notamment la littérature, de l’Empire du Milieu. À vingt-deux ans, elle publia Le Livre de Jade, une collection d’anciens poèmes chinois, choisis et traduits avec l’assistance de son précepteur, et ce premier livre lui assura d’emblée un grand succès auprès des lettrés de l’époque. Judith Gautier atteint peu après un succès encore plus éclatant avec la publication de ses deux premiers romans, Le Dragon impérial (1869) et L’Usurpateur (1875)…. suite sur Wikipedia.

 

Nous vous livrons ici un seul des textes qui figurent dans le « Livre de jade », dont Gautier annonce qu’il est issus du Che king (Shi jing en transcription moderne). Nous ne l’avons cependant pas retrouvé dans le receuil chinois  (disponible en ligne … suivre le lien). Est-ce une erreur due à l’approximation des sources? D’autre part, il est probable que cette traduction ne correspond plus à l’abord moderne des textes chinois. Mais tant pis tout cela, le texte est beau et la reine semble bien belle et bien fère, autant sans doute que Judith Gautier elle-même. Mais que fuit-elle loin du royaume de Lou et que se presse-t-elle de retrouver au royaume de Tsi?

 

 

Extrait de « Le Livre de Jade » de Judith Gautier

 

Pour donner une idée de la versification des Chinois, de ses règles compliquées, de ses raffinements multiples, il faudrait une trop longue étude. Il n’est heureusement pas besoin, pour comprendre et admirer une oeuvre d’art, d’en connaître les artifices ; mais quelques mots suffisent pour signaler les regles les plus intéressantes à notre point de vue.

 

Ou bien, la Chine, comme on le dit souvent, a tout inventé et tout dérive d’elle ; ou bien, le cerveau de l’homme retrouve les mêmes inventions à des époques et en des pays différents. Ce qui est certain, c’est que les règles principales de la versification des Chinois sont les mêmes que chez nous, et chez eux, ces règles datent de quarante siècles : Le nombre égal des syllabes, pour former des vers ; la césure ; la rime ; la division en strophes de quatre vers.  Dans un quatrain, les deux premiers et le dernier vers riment ensemble ; le troisième ne rime pas. Voici un exemple :

 

Tsi tsi hoa chy — pi y mene.

Hiei jen siang ping — ly khiang hiene

Han tsing yo chouo — khouan tchon sse…

Ying ou tsien teou — pou kan yene.

 

Cependant, un charme très original, et qui n’appartient, celui-là, qu’aux vers chinois, résulte de la nature idéographique des caractères ; il vous frappe par le seul aspect de l’écriture et vous donne une brusque vision de l’ensemble du sujet : Les fleurs, les forêts, les eaux, les clairs de lune, vous apparaissent avant qu’on ait commencé de lire.

 

Aujourd’hui, comme jadis, en Chine, les vers sont toujours unis à la musique : on ne les récite pas, on les chante. Le plus souvent, le chant est accompagné par la lyre chinoise, par le Kine ; le Kine sacré, qui doit vibrer, seulement, devant ceux qui sont dignes de l’entendre, car ses cordes délicates se brisent, si leurs mélodieuses ondes se heurtent à une oreille impie. Le Kine, pour lequel, avant de l’éveiller, on allume des parfums …

 

 

 

Retour dans le royaume de Tsi (Che-King)

 

Le Shi jing (Canon des poèmes) est le Livre saint de la poésie chinoise. Il fait partie de la liste des cinq Jing (Livres canoniques) les plus vénérés, c’est-à-dire des ouvrages mis plus ou moins directement sous le patronage de Confucius (551-479 acn). La tradition attribuait au sage lui-même le choix des trois cent cinq poèmes qui composent cette anthologie. Mais il se pourrait que le Shi jing ait existé déjà tel quel avant Confucius. Celui-ci aurait seulement donné une forte impulsion à l’étude de cet ouvrage. Un homme qui ignore les Poèmes, disait-il, est comme quelqu’un qui se tiendrait face à un mur, ayant sa vue limitée et incapable d’avancer.

 

 

Ling ! Ling ! bruyamment ils roulent, les chars rapides, qui sont peints de couleurs vives rehaussées d’or ! A travers une plaine unie, la route est douce et sans obstacles : C’est là qu’elle passe, à toute bride, la reine de Lou, retournant au pays de Tsi.

 

Qu’ils sont d’un noir brillant, entre les traits de cuir rouge, les quatre chevaux fougueux qui tirent son char.

 

La reine, impatiente, devance son cortège sur la route, douce et unie, qui va au royaume de Tsi. On côtoie, maintenant, la rivière de Houen, qui coule à pleins bords.

 

Nombreux sont les compagnons de la reine. Ils caracolent et se pressent autour d’elle.

Qu’il est doux et facile, le chemin qui va au royaume de Tsi !

 

Cette femme, passionnément heureuse, n’a donc pas honte de sa joie ?

 

La rivière se resserre et bouillonne dans un lit rocailleux. Les cavaliers de l’escorte se rapprochent du char.

 

Ah ! qu’elle est unie et douce, la route qui va au pays de Tsi !…

 

A jamais, hors du royaume de Lou, aux pas agiles de ses chevaux, la belle reine s’enfuit résolue et fière.

 

(Livre des Vers, chant X.)

 

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