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Tai Chi Chuan Bruxelles / Promenade dans Péking

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Chameaux à Péking

 

 

 

Extrait de

Un touriste dans l’extrême orient : Japon, Chine, Indo-chine et Tonkin ((4 août 1881 — 24 janvier 1882)

par Edmond Cotteau (1833-1896)

Librairie Hachette, Paris, 1884, 448 pages, 38 gravures et 3 cartes.

 

 

Promenade dans Péking

  

… Un jour auparavant, nous avions fait … une longue tournée dans la ville tartare.

 

Nous avons commencé par l’ancien observatoire des jésuites, qui se trouve dans la partie orientale de la cité, adossé aux remparts. Nous entrons d’abord, non sans de longs pourparlers avec le gardien, dans une petite cour de pauvre apparence, envahie par les mauvaises herbes. Là sont exposés deux planisphères célestes et un astrolabe ; fort anciens et d’un volume considérable, ils sont supportés par des dragons d’un admirable travail. Je ne sais pas s’ils ont une grande valeur au point de vue scientifique, mais assurément, comme bronzes d’art, on ne peut rien voir de plus beau à Pékin et peut-être dans toute la Chine.

 

 

 

Sur une terrasse dominant la muraille d’une hauteur de 3 mètres se trouvent une douzaine d’autres instruments, également en bronze et ciselés avec un soin merveilleux : ce sont ceux qui ont été exécutés sur des modèles chinois, sous la direction des jésuites, au dix-septième siècle. L’un d’eux, un grand azimuth, est un présent de Louis XIV à l’empereur Kang-hi. Tous ces bronzes, bien qu’exposés à l’air libre, sont dans un parfait état de conservation, ce qui doit être attribué au climat extraordinairement sec de Pékin.

 

De ce point élevé, le regard plane sur la ville, dont, alors seulement, on comprend toute l’immensité ; vue ainsi, elle paraît bien plus à son avantage. La colossale muraille se profile en ligne droite, à perte de vue, tandis qu’à nos pieds les toits des maisons basses disparaissent en partie sous les arbres d’une infinité de petits jardins, qui donnent à la cité elle-même l’aspect d’une forêt.

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Péking / muraille

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Outside view of the main wall from Ping Tzu Men 

 

Non loin de l’observatoire, nous visitons le singulier établissement où les étudiants de la Chine entière viennent, tous les trois ans, subir leurs examens du second et du troisième degré. C’est un vaste emplacement clos de murs, renfermant des rangées de petites cellules construites en briques 1 dans lesquelles les candidats au mandarinat préparent leurs compositions. Pour cela, ils restent enfermés pendant quatorze jours, sans pouvoir sortir, même la nuit ; des surveillants leur apportent à manger et les empêchent de communiquer entre eux.

 

Notre charrette continue sa route cahin-caha, et, pendant une bonne heure, nous suivons une rue droite et large, fort sale, très mal entretenue, mais qui nous offre à chaque pas de curieux spectacles.

 

A côté d’ignobles masures, on voit de magnifiques boutiques en bois sculpté et doré ; des enseignes colossales, laquées et dorées, sont suspendues verticalement à des mâts dressés devant la porte ; les façades sont ornées de grillages en bois découpé sur lequel on colle un papier transparent qui remplace nos vitres. Ces riches magasins sont généralement occupés par des pharmaciens, des débitants de thé ou de tabac, des marchands de meubles de mariage. Dans ces rues commerçantes on ne voit pas de belles maisons particulières ; ces dernières se cachent dans des ruelles et sont toujours entourées de murs.

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Antiquaire en Chine

 

Antiquaire / Chine / début 20ème

 

Nous rencontrons souvent de longues files de chameaux à deux bosses, chargés de ballots de thé et précédés d’un petit âne, monté par quelque Mongol à la large figure, au nez épaté.

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelle / CHAMEAU MONGOL TYPIQUE 

 

Voici un cortège de mariage : d’abord douze porteurs de grosses lanternes rouges, puis autant de musiciens armés de singuliers instruments ; l’un d’eux souffle de toutes ses forces dans un tube doré, qui ressemble assez à une énorme seringue et rend un son rauque. Derrière ces gens vient la chaise rouge de la mariée, hermétiquement fermée et dont les brancards reposent sur les épaules de huit porteurs.

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Bridal palanquin with porters in street Xiamen 1907

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / ORCHESTRE DE MARIAGE Chine

 

Transport de mariage / Orchestre de mariage

 

Plus loin, une autre chaise s’avance, rapidement entraînée par quatre vigoureux coolies. Les portières abaissées nous laissent apercevoir un mandarin, que ses énormes lunettes rondes rendent parfaitement grotesque à nos yeux.

 

Une foule compacte se presse dans la rue. On vend des habits à la criée ; des marchands ambulants promènent leur étalage ; des bateleurs, des charlatans, débitent leur boniment ; des mendiants, n’ayant pour tout vêtement qu’un lambeau de natte, spéculent sur d’affreuses plaies qu’ils étalent au soleil, mais avec peu de succès, car le Chinois a le cœur dur, et les souffrances de ses semblables n’ont pas le don de l’émouvoir. Partout, des cuisines en plein vent nous envoient leurs senteurs nauséabondes.

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Cuisine au wok en rue Fujian 1920

 

 

 

 

Mendiants / Restaurant de rue / Médecin / Groupe près d’un vendeur

 

La plupart des hommes fument dans de longues pipes, au tuyau en bois noir, et dont le fourneau de cuivre ne contient qu’une pincée de tabac ; des enfants courent avec des allumettes enflammées, qu’ils offrent aux passants. Il n’est pas rare de rencontrer quelque grave bourgeois tenant à la main un petit bâton, sur lequel est perché un oiseau apprivoisé. C’est une distraction fort à la mode à Pékin : on se promène ici avec un moineau ou un serin, comme, à Paris, on sortirait avec sa canne.

 

Chinese playing a board-game (and smoking tobacco

 

 

Au croisement des rues principales s’élève presque toujours un arc de triomphe ; mais qu’on n’aille pas s’imaginer un monument de pierre ou de marbre, dans le genre de ceux qui ornent nos capitales. Les arcs de triomphe de Pékin se composent simplement de quatre poteaux vermoulus, peints en rouge, soutenant un ou plusieurs toits relevés aux extrémités et couverts de tuiles vernissées.

 

Les Chinois arrosent les rues, mais d’une manière très imparfaite. On en jugera par ce simple détail : les ordures et les résidus de toute sorte sont jetés dans les ruisseaux mêmes où l’on puise le liquide destiné à asperger la chaussée ; aussi l’odeur qui s’en échappe est-elle insoutenable. Comme il n’a pas plu depuis longtemps, une poussière noire et fétide nous saisit à la gorge. En somme, Pékin n’est qu’un vaste cloaque, et il faut être Chinois, c’est-à-dire avoir le nerf olfactif atrophié, pour vivre au milieu d’une pareille puanteur.

 

…/…

 

Plus tard, je parcours la ville chinoise. Je suis seul avec le charretier qui conduit ma voiture. Cet homme ne parle pas un mot de français, mais, aidé de mon plan, je le dirige par gestes où je veux aller.

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Marchand de chats à Péking

 

Rue de Péking / Marchand de chats (19ème) 

 

Je suis d’abord une longue avenue qui conduit au carrefour des exécutions, puis je m’engage dans un dédale de ruelles commerçantes, dont chacune a sa spécialité : ici, c’est la rue des bouchers ; là, celle des porcelaines ; ailleurs, celle des marchands d’éventails. Une des plus intéressantes est la rue des libraires, qui conduit à celle des marchands de curiosités. Chemin faisant, je remarque de beaux magasins, mais les objets les plus précieux ne sont jamais en montre : ils sont tenus sous clef, dans l’arrière-boutique, et on ne les fait voir qu’à l’amateur sérieux. J’arrive ainsi à un bazar couvert, où l’on vend principalement de menus objets, des bijoux, des pipes, des jouets d’enfants, des fleurs artificielles et même des photographies ; ces dernières sont chères et mal faites, en un mot, bien inférieures à celles des Japonais.

 

 

 

 

Le pont des mendiants – gravure issue du livre & photo (fin 19ème) 

 

Je passe sur le fameux pont des Mendiants : il est en marbre, et divisé dans le sens de sa longueur en trois parties, séparées par des balustrades. Cet endroit est, depuis un temps immémorial, le rendez-vous d’une foule hideuse et affamée ; cette cour des Miracles de Pékin dépasse en horreur tout ce qu’on peut imaginer ; j’y ai vu un enfant absolument nu, agonisant, la tête sur un pavé : les Chinois passaient, indifférents ; personne ne s’est dérangé pour lui porter secours.

 

Au delà de ce lieu sinistre commence une large avenue qui a dû être autrefois fort belle ; mais aujourd’hui les dalles qui la recouvraient ont en partie disparu, et celles qui restent sont tellement disjointes que les voitures sont réduites à cheminer à côté, sur l’emplacement qui servirait chez nous de trottoirs. L’encombrement est à son comble : ânes, chameaux, fiacres, portefaix, marchands ambulants, restaurateurs en plein air, nous disputent le passage …

 

 

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